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Chapitre 14 :
Le vieillard qui ne croyait ni au dieu ni au bouddha
Dans le séjour des morts, je vis un vieillard. De son vivant, je le connaissais, c’était justement le père de mon disciple.
Lorsque mon disciple installa un autel divin, son père le détruisit.
Alors que mon disciple pratiquait le dharma, son père enleva de l’encensoir l’encens brûlé par son fils et versa de l’eau sur le disciple.
Alors que mon disciple récitait le sûtra, son père jeta le sûtra dans le feu.
Lorsque mon disciple se prosternait devant l’espace, son père pointait l’espace en lançant des injures.
Quand mon disciple eut acheté une petite statue de Padmakumara, son père la jeta dans une fosse d’excréments.
Le vieillard estimait qu’après la mort de l’homme, tout était vide : le dieu n’existait plus, le bouddha n’existait plus. Le vieillard avait une vision incomplète : le paradis n’existait pas, l’enfer n’existait pas, le samsâra n’existait pas, la causalité n’existait pas et, après la mort, rien n’existait.
Lorsque le vieillard voyait un temple, il jetait une parole vulgaire : « gan X nia ».
Lorsque le vieillard rencontrait un moine bouddhiste, il l’injuriait en le nommant « charançon ».
Lorsque le vieillard rencontrait un pratiquant de la perfection, il l’injuriait en le traiant de « voleur ».
Le vieillard disait : « Moi, votre aîné, je ne crois qu’en l’argent. L’argent peut tout acheter. »
Le vieillard disait : « Le bouddha Sâkyamuni est au fond un menteur ; Sheng-yen Lu est au fond un menteur ; toutes les religions sont mensonges. »
*
Après sa mort, le vieillard arriva dans le Monde des ténèbres.
À l’arrivée du vieillard obstiné, le roi du séjour des morts ne voulait pas trop lui parler, il lui dit seulement :
– Homme stupide, allez vous réincarner !
Un officier du séjour des morts couvrit le vieillard d’un vêtement en cuir de porc. Le vieillard se réincarna en un porc sacré. Le cochonnet fut protégé depuis tout petit.
Il gloutonnait et paressait.
Plus il grandit plus il fut gros.
Le vieillard porcelet n’utilisait pas son cerveau, son apparence devint sotte et grosse.
L’éleveur porcin était très gentil avec « lui ».
En été, il mettait en marche un ventilateur électrique pour lui.
En hiver, il lui procurait de la chaleur.
Il diffusait de la musique pour le vieillard porcelet.
Il faisait manger au porcelet de l’Aurofac et lui faisait des massages.
Le vieillard porcelet était si gros qu’il emplissait la cage.
*
Le jour de la procession en l’honneur des esprits arriva.
Des cochons étaient sélectionnés en compétition.
Le vieillard porcelet fut transporté sur l’autel et sacrifié aux génies.
Un boucher abattit le cochon et en arracha les poils. Le vieillard poussa un hurlement misérable et mourut.
Un immense bloc de glace fut placé sous le corps du vieillard.
Une orange fut posée dans sa bouche.
Au concours du plus gros cochon, le vieillard remporta la compétition, puis son âme redescendit dans l’enfer.
Le roi du séjour des morts lui dit :
– Remettez le vêtement en cuir de porc.
– Je ne veux pas redevenir un cochon, répliqua le vieillard.
Le roi du séjour des morts dit :
– Vous vous incarnerez en cochon autant de fois que vous avez insulté les divinités et les bouddhas. Chaque blasphème prononcé mérite une sanction. Allez au sacrifice !
Le vieillard tomba sur-le-champ dans un mortel évanouissement. À son réveil, il redevint un cochon. Le vieillard reconnut sa stupidité, mais c’était trop tard.
Quelle tragédie ! Quelle tragédie !
*
Évidemment, il paraît que le concours du plus gros cochon à offrir en sacrifice aux génies est une superstition populaire. Je ne suis pas d’accord avec ce genre de coutume du pays.
Cependant, le samsâra et la rétribution des actes selon la loi de causalité sont bien réels. Ce vieillard obstiné qui n’avait qu’une vision très partielle avait une aversion profonde pour la pratique de la perfection, il l’abhorrait, il pouvait même être considéré comme le plus grand idiot parmi les imbéciles.
Certains pratiquants de la perfection qui, pareillement, s’attachent fortement à l’argent, regardent droit vers l’argent, sont-ils plus stupides que ce vieillard ?
Aujourd’hui, je voudrais poser une question :
Les pratiquants de la perfection qui reçoivent de l’argent, s’ils ne l’utilisent pas à la propagation du dharma et au profit des gens, et si cet argent ne sert qu’à satisfaire leurs désirs, que deviendront-ils devant le roi du séjour des morts ?
À vous de le deviner !